« La laïcité sans adjectif, surtout pas … positive », réclame avec sa vigueur habituelle notre ami Yves Routier. Je comprends tout à fait sa revendication et je la partage, dans la mesure où elle vise la laïcité comme principe de gouvernement intangible. On ne reviendra pas au principe de catholicité qui gouvernait l’Ancien Régime monarchique, pas davantage au Concordat! À la plus que millénaire distinction du spirituel et du temporel, va peu à peu, dans notre pays, se substituer, la distinction du public et du privé. Cela ne se fera pas en un jour !
En 2009, nous sommes en régime de laïcité : point final, pas de fioriture, pas de nostalgie donc.
Mais d’autre part, un principe génère une politique concrète dont on peut suivre au fil des ans les tours et les détours. Ainsi, l’Histoire des rapports du religieux et du politique, en France, aux XIXème et XXème siècles nous autorise, sans offusquer, je pense, personne, à caractériser avec ou sans adjectif, le climat de laïcité de telle ou telle période.
Il serait difficile de nier que les débuts de la troisième République furent des années de mise en place d’un pouvoir politique hostile à l’emprise sociale du catholicisme, en partie restaurée depuis 1815. C’est un fait. La Loi de 1901 fut dirigée contre les congrégations « enseignantes, prédicantes et … commerçantes ». Par exemple, les Chartreux du vénérable Saint Bruno furent accusés d’être des « agents d’alcoolisme, d’oppression et de démoralisation ». Cinq mille soldats furent mobilisés pour les chasser de leur monastère en 1903 ! Les deux France se font face, avec une hostilité, difficile à imaginer de nos jours.
La loi de 1905, avec, grâce à Aristide Briand, la séparation de l’Église et de l’État instaure une politique d’apaisement, dans un climat qui reste néanmoins très tendu. Peu à peu, pour diverses raisons, une laïcité d’accommodement, via la négociation avec le Saint- Siège, se met en place. Elle aboutira, en 1924, à la création des « associations diocésaines » qui satisfont toujours aujourd’hui et le pape et les évêques de France.
Autre exemple, il y eut (difficilement) des arrangements à propos de l’École, comme en 1959 la loi Debré. Quelque jugement que l’on porte sur celle-ci, elle permit de participer à une restructuration des rapports du religieux et du politique. Il se créait un enseignement public dans un établissement privé, sans fusion ni confusion.« Son préambule est un morceau d’anthologie qui marque une étape essentielle dans l’histoire intellectuelle et institutionnelle de la laïcité…Cette loi était un pari qui n’était pas gagné d’avance, ni d’un côté ni de l’autre. Du même coup, elle a brisé un fétichisme de la laïcité en lui découvrant des ressources insoupçonnées » (« La solution laïque » p. 219, Émile Poulat ). Politique de compromis, pour certains inacceptable, réactionnaire, mais que beaucoup de français jugent positive, allant dans le bon sens.
À un niveau plus fondamental, la laïcité telle que je la souhaite, pour ma part, progresse, si j’en crois une très bonne nouvelle (pas seulement pour les catholiques !) : le Collège de France (fondé, au 16ème siècle par François 1er ) vient de créer une chaire intitulée « Milieux bibliques ». Elle est confiée à un chercheur allemand, Thomas Römer, bien apprécié aussi des biblistes catholiques français. Je livre à notre blog, le début d’un article que lui consacre le 5 février 2009, le journal « La Croix », car il éclaire notre propos présent :
« Un chercheur ne se refait pas : pour préparer sa conférence, le professeur de l’université de Lausanne s’est livré à quelques recherches sur la place de la Bible au sein du Collège de France, cette vénérable institution vouée au partage du savoir.
« C’est la première fois que le mot Bible apparaît dans un intitulé de chaire», avance Thomas Römer, intrigué par cette découverte. La Bible n’a certes pas été absente du champ d’étude des enseignants, « mais le mot n’apparaissait pas, comme s’il faisait peur », avance l’exégète. Il n’a donc pas de mal à comprendre l’honneur qui lui est fait aujourd’hui. « En créant cette chaire, on manifeste clairement que la connaissance du texte biblique n’est pas réservée aux Églises et aux synagogues et que la Bible fait partie du patrimoine culturel commun, se réjouit-il. Cela reste malheureusement encore peu évident en France, il faut lutter contre l’analphabétisme biblique. »
C’est à cet Allemand qui enseigne en Suisse que le Collège de France a fait appel pour remplir cette délicate mission. Une manière d’aller puiser chez nos voisins une connaissance de la Bible que l’université française encourage encore peu.
»
A suivre… Suzanne Le Borgne
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